Gazette 77 René Panhard et Émile Levassor

Pionniers de l’automobile

 

Dans le 13e arrondissement, avenue d’Ivry, les ateliers Panhard et Levassor ont, à la fin du XIXsiècle, produit les premières automobiles, bouleversant ainsi l’histoire de l’industrie, l’organisation du travail, les modes de vie et de transport des générations futures.

Cette création est le résultat des efforts conjugués de pionniers obstinés, passionnés par l’innovation. Tout procède de la famille Panhard, venue de Bretagne à Paris autour de 1800 et dont le nom d’origine (Penhart) signifie tête dure. Adrien Panhard diversifie les activités familiales de sellerie et de carrosserie, en pratiquant le commerce et la location de voitures à chevaux. Grâce à la prospérité de son entreprise, il laisse à ses fils un patrimoine qui va leur permettre d’entrer en industrie. L’un d’eux, René, à la sortie de l’École centrale, rencontre Jean-Louis Périn, un inventeur autodidacte, installé faubourg Saint-Antoine, qui fabrique des machines à débiter le bois et a, notamment, perfectionné la scie à ruban. En 1867, les deux hommes s’associent pour créer Périn et Cie. La même année se tient à Paris une Exposition universelle. On peut y voir les machines à bois de Périn mais aussi des moteurs à gaz : ceux du constructeur allemand Otto et Langen sont présentés par Gottlieb Daimler (qui a été stagiaire chez Périn) et ceux du Belge Cockerill, présentés par Émile Levassor, condisciple de René Panhard à Centrale. La société qui emploie alors une centaine de personnes recrute l’ingénieur Émile Levassor qui deviendra en 1872 le troisième associé et qui va très vite s’imposer. Cet événement majeur sera suivi, en 1873, du transfert de l’entreprise sur 55 ha de terrains, entre la rue Nationale et la rue Gandon, avenue d’Ivry (correspondant aux numéros 17-19 et 18) et avenue de Choisy où sont aménagés deux ateliers.

Un petit déclic va permettre à cette jeune entreprise bien gérée, bien installée, dynamique, d’aller plus loin, avec l’arrivée d’Édouard Sarasin, introduit par É. Levassor : ce n’est pas un nouvel associé mais un partenaire qui représente en France les intérêts juridiques et commerciaux de la firme Deutz AG pour les brevets relatifs aux moteurs à gaz de charbon Otto et Langen. Les ateliers d’Ivry commencent à produire et à commercialiser ce type de moteurs, en collaboration avec G. Daimler qui travaille d’abord pour Deutz AG puis, après 1882, se met à son compte. C’est lui qui, les années suivantes, propose un moteur à essence qui a l’avantage d’être plus léger et moins encombrant que les moteurs à vapeur ou à gaz utilisés jusqu’ici. On peut aussi monter ce moteur sur des voitures, des bicyclettes, des tramways et même des bateaux. Plusieurs inventeurs, comme K. Benz et G. Daimler, font des essais en ce sens mais sans que cela débouche encore sur une production commercialisable. D’autres entrepreneurs s’intéressent à ces recherches, comme Armand Peugeot, ami de René Panhard. En 1886 J.-L. Périn meurt et les deux associés restants constituent la société Panhard et Levassor. C’est elle qui va finalement réussir le pari de produire les premières voitures. Elle a privilégié les brevets Daimler pour leur qualité technique et a obtenu l’exclusivité de leurs brevets pour la France : à côté des moteurs à essence qu’elle fabrique, elle construit désormais des véhicules conçus dès l’origine pour être « automobiles » grâce à ces moteurs. Ce sont d’abord des prototypes expérimentaux jusqu’à 1891, date à laquelle sort des usines d’Ivry la première voiture actionnée par un moteur à pétrole, capable de rouler sur route et qui puisse être commercialisée. L’esprit d’innovation d’une équipe, l’énergie et la ténacité d’Émile Levassor, appuyé par son associé René Panhard, le savoir-faire des ouvriers en matière de mécanique et de carrosserie, la qualité des moteurs Daimler ont permis cette réussite industrielle. On peut noter aussi le réel esprit de coopération qui existe entre les « concurrents » : plutôt que de garder jalousement leurs secrets de fabrication, ils se tiennent au courant de leurs avancées respectives, échangent fournitures et outillages, même au-delà des frontières. Louise Cayrol, veuve d’É. Sarrasin a facilité les contacts en permettant qu’après le décès de son mari les liens privilégiés que celui-ci avait noués avec Daimler soient maintenus. Elle épousera ensuite É. Levassor et participera directement au développement de la production automobile.

Plusieurs manifestations donnent une grande popularité à cette invention qui permet de se déplacer de façon autonome. Les essais sur route de l’usine vers le Point du jour à Boulogne et retour, ou vers Étretat sont suivis en 1893 d’un premier grand voyage vers Nice. Par la suite sont organisées des courses prestigieuses : la première, en 1895, est un aller-retour Paris-Bordeaux, soit 1 200 km, On s’enthousiasme sans imaginer alors le développement futur de l’automobile ni ses côtés négatifs (accidents, villes dortoirs, pollution…). La production s’organise et se perfectionne. Au fur et à mesure que la notoriété s’accroît, la demande augmente (13 voitures vendues en 1892, 106 en 1896). Les bureaux d’études travaillent pour faire évoluer mécanique et carrosserie, avec des moteurs de plus en plus performants. Dès 1895 la marque propose 15 modèles différents. Voitures et moteurs ne représentent qu’une partie des activités de Panhard et Levassor mais lui assurent d’importants bénéfices qui en font le leader incontesté du marché automobile, face à la société Peugeot qui vient de se créer.

Brigitte Einhorn

http://lagazou.wordpress.com/

 

Index htm cmp auto110 bnr

Aucune note. Soyez le premier à attribuer une note !

Ajouter un commentaire

Vous utilisez un logiciel de type AdBlock, qui bloque le service de captchas publicitaires utilisé sur ce site. Pour pouvoir envoyer votre message, désactivez Adblock.

×